Un collègue
Albert Moore
Albert Moore, Archiviste du gouvernement - Archives nationales de Sierra Leone
Albert, quelle est votre formation ?
Après la fin de mes études secondaires, en juin 1986, j'ai commencé à travaillé aux Archives publiques de Sierra Leone en janvier 1987 comme assistant archiviste en apprentissage. De septembre 1989 à juin 1993, j'ai fait une licence de lettres au collège de Fourah Bay, Université du Sierra Leone, option histoire et sciences politiques. Les sujets de mes mémoires étaient :
(1) Le rôle des archives dans le développement national : l'exemple des Archives publiques du Sierra Leone (département d'histoire contemporaine, Fourah Bay College, juin 1993).
(2) Les conflits frontaliers : l'exemple des relations de la Sierra Leone avec le Liberia (département des sciences politiques, Fourah Bay College, juin 1993).
Comment est né votre intérêt pour la gestion des archives et de l’archivage ?
Alors que je parcourais les pages d'un journal en septembre 1986, je suis tombé sur une annonce pour un poste d'assistant archiviste en apprentissage. J'ai candidaté, j'ai été retenu, et j’ai commencé le 2 janvier 1987.
Quelles sont les caractéristiques de votre travail, compte tenu du contexte national ?
Ce qui, dans le contexte de mon pays, caractérise mon travail, est que la gestion et la conservation des archives ont peu à peu acquis le statut de ressources stratégiques à même de participer à l'amélioration de la bonne gouvernance du pays. En ce qui concerne les archives, la liberté d'information sera bientôt promulguée. Les missions archivistiques d'encadrement et d'organisation de l'échantillonnage pour la conservation historique des archives publiques, la sauvegarde de ces documents dans les institutions d'archives publiques, et le fait de pouvoir les rendre accessibles au public, sont en effet des éléments fondamentaux de la mise en application de la loi sur la liberté d'information.
Dans le domaine de la gestion des archives, nous avons aidé le gouvernement à améliorer la transparence et l'intégrité des fichiers de salaires de la fonction publique et du corps enseignant.
Parlez-nous de vos dernières réalisations et de vos projets.
Ces dernières années, les équipes des Archives nationales ont collaboré avec l'International Records management Trust autour d'un programme pilote de gestion des archives de la fonction publique. Un programme d'aménagement soutenu par le Département du développement international (Department for international development, Grande-Bretagne) et par l'Union européenne a permis la refondation et le financement des systèmes d'archivage de quatre ministères. Notre attention s'est particulièrement portée sur les dossiers de carrière de la fonction publique. Le projet a permis de mettre en place une nouvelle méthodologie pour reconstruire le système de gestion des données individuelles sous format papier, en les reliant avec le module de gestion des ressources humaines du système d'information de gestion financière intégrée (Integrated Financial Management Information System, IFMIS). De juillet à novembre 2008, les salaires de la fonction publique ont fait l'objet de contrôles. Les données vérifiées pour chaque fonctionnaire ont enrichi une base fiable et exacte, qui a conduit à un ajustement des chiffres. Nous avons également entrepris de numériser les pièces maîtresses des dossiers de fonctionnaires.
Actuellement, en soutien au contrôle des salaires et à la mise en place d'une gestion des ressources humaines plus efficace et plus transparente, les équipes des Archives collaborent avec l'International Records management trust (IRMT), le bureau de gestion des ressources humaines (Human resource Management Office - HRMO)) et le ministère de l'Éducation à l'élaboration d'un fichier individuel par enseignant pour l'ensemble du corps professoral (plus de 35.000 membres) : il s'agit de concevoir pour chaque enseignant un dossier aussi complet que possible, et d'établir un système de bonnes pratiques et de procédures. Nous allons recenser et rendre accessible aux Archives nationales l'arriéré des dossiers d'enseignants partis en retraite.
En 2009, au centre de conservation des Archives nationales, l'ambassade des États-Unis au Sierra Leone nous a apporté son aide pour la conservation d'une sélection documents relatifs à l'histoire des relations des États-Unis et du Sierra Leone. Ces documents ont été numérisés afin d'élargir leur diffusion, leur usage continu et leur succès auprès du public.
En 2010, les équipes des Archives nationales ont collaboré avec des chercheurs internationaux, canadiens et britanniques, dans le cadre d'un projet pilote du programme de préservation des archives en péril (Endangered Archives Programme). Nous avons étudié les supports d'archives les plus fragiles et en avons fait des copies par prélèvement.
Travaillez-vous avec des partenaires étrangers ? Quels sont les bénéfices d'une telle expérience internationale ?
Je travaille en effet avec un réseau de partenaires étrangers. Cette expérience m'a fait prendre conscience de ma capacité à accomplir mes missions avec assurance et professionnalisme. Ces partenaires sont pour la plupart des professionnels bénéficiant d'une expérience de 30 à 35 ans dans le métier. Par la diversité de leurs cursus et de leurs expériences professionnelles, ce sont des soutiens extrêmement solides dans l'apprentissage et la formation de l'équipe d'archivistes que je dirige.
Quel avenir imaginez-vous pour les archives dans votre pays ?
J'attends avec beaucoup d'impatience la promulgation d'un projet de charte des Archives nationales, qui permettrait la création d'un département spécialisé dans la gestion des documents et des archives. La charte des archives publiques du Sierra Leone n°1944 de 1965 est aujourd'hui obsolète et n'a plus d'utilité depuis longtemps.
J'attends également le déploiement du projet de structuration d'un service pour l'encadrement de la gestion de l'archivage. De plus, j'espère que nos Archives nationales disposeront bientôt de leur propre bâtiment, qui abritera le centre des Archives nationales.
Enfin, je souhaite que se réalise le projet de notre gouvernement visant à une amélioration de la gestion des archives : ce projet constitue un élément essentiel de son nouveau programme de réforme du secteur public, pour la période 2009-2013.
D'après vous, quelles sont les caractéristiques d'un professionnel compétent dans votre région ? Pensez-vous qu'il y ait des différences par rapport aux professionnels d'autres régions du monde ?
Je pense qu'un professionnel compétent est quelqu'un qui continue à exercer son métier dans toutes les conditions, favorables ou difficiles. Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de différences avec les professionnels d'autres régions du monde.
Parmi les quelques différences éventuelles : les professionnels des pays développés sont mieux payés et mieux équipés en outils de travail performants que les professionnels de mon pays.
Quel message souhaiteriez-vous délivrer aux jeunes professionnels débutants de votre pays ?
Mon message pour les jeunes professionnels débutants de mon pays est que “la patience est un arbre amer, mais qui peut produire des fruits doux”. Je dirais également que les métiers de la documentation et des archives sont de nobles professions, pour lesquelles il est essentiel d'avoir le sens de la dignité et de l'intérêt général. La nécessité de faire respecter la confidentialité de notre client constitue un élément primordial de notre profession.
