Dans le cadre de la célébration de la Semaine internationale des archives 2026 (8–12 juin 2026), le Conseil international des archives (ICA) a lancé en avril un appel à propositions mondial, invitant les membres de l’ICA à partager des études de cas alignées sur le thème de cette année, #ArchivesPourLaJustice : droits, mémoire et avenirs.

À l’issue d’un processus de sélection compétitif, les propositions sélectionnées seront présentées en ligne par des membres de l’ICA du 9 au 11 juin 2026 devant un public de milliers de personnes dans le monde entier. Ces sessions mettent en avant des projets innovants, des expériences pratiques et des leçons tirées de toute la profession. Pour les spectateur·rices, ils offrent une opportunité unique de découvrir des initiatives du monde entier et de voir comment les institutions abordent les thèmes de la #ArchivesPourLaJustice dans leurs propres contextes.

À propos de cette session d’étude de cas

Cette session en ligne, intitulée Archives, héritages coloniaux et contextes non souverains : patrimoines déplacés et partagés / Archives pour la justice future : anticiper les droits, les responsabilités et les possibles, aura lieu le mercredi 10 juin, de 16h00 à 17h15 CET (heure de Paris).

Elle rassemble des études de cas qui examinent comment les archives sont façonnées par les histoires coloniales, les déplacements, les conditions non souveraines et les efforts menés par les communautés pour repenser la pratique archivistique au service de la justice, de la responsabilité et des possibilités futures.

La session s’articule autour de deux parties thématiques :

1. Archives, héritages coloniaux et contextes non souverains : patrimoines déplacés et partagés

  • Sankofa : Marooning the Archive — par Ana Laura Zavala Guillén et Yully Da Chaga Cabrera
  • Co-construction de descriptions de photographies coloniales (Katanga, RD Congo) — par Jonas Van Mulder
  • Fracturé, fragmenté et fantomatique : le cas du fonds fédéral des Antilles et le défi de la justice archivistique dans les Caraïbes — par Janelle Duke

2. Archives pour la justice future : anticiper les droits, les responsabilités et les possibles

  • Commons de la mémoire « Offline-First » : Manifeste en tant qu’infrastructure de justice pour l’accès aux archives, la préservation et le contrôle communautaire en Asie-Pacifique — par Razali Samsudin
  • Lii Lozh di Kaastor : l’atlas des personnes bispirituelles — par Andrew Wiebe

Les détails complets de chaque présentation sont disponibles ci-dessous.

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Date
mercredi 10 juin 2026
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Heure

16h00 – 17h15 CET (heure de Paris). Pour confirmer la date/heure de cette session dans votre fuseau horaire, veuillez utiliser le lien suivant.

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Lieu
En ligne
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Langue

Anglais et espagnol. La traduction automatique des sous-titres sera disponible.

Date
mercredi 10 juin 2026
Heure

16h00 – 17h15 CET (heure de Paris). Pour confirmer la date/heure de cette session dans votre fuseau horaire, veuillez utiliser le lien suivant.

Lieu
En ligne
Langue

Anglais et espagnol. La traduction automatique des sous-titres sera disponible.

Les opinions et points de vue exprimés dans les études de cas présentées lors de cette session sont ceux des présentateurs à titre individuel et ne reflètent pas nécessairement la position officielle du Conseil international des archives (ICA). L’ICA n’approuve pas et n’assume aucune responsabilité quant au contenu des présentations individuelles.

Présentations

Archives, héritages coloniaux et contextes non souverains : patrimoines déplacés et partagés

Présentation 1

Sankofa : Marooning the Archive par Ana Laura Zavala Guillen et Yully Da Chaga Cabrera

Sankofa : Marooning the Archive est un collectif de recherche artistique qui opère à la croisée des arts visuels et de la recherche historico-géographique. Issu du projet de recherche Blackness in Resistance : Territory and Regime Violence in Uruguay, dirigé par l’historienne-géographe Ana Laura Zavala Guillén, ce projet aborde de manière critique les archives coloniales afin d’examiner les histoires de fuite des femmes d’ascendance africaine dans la région du Río de la Plata.

Le projet s’appuie sur les recherches menées par Zavala Guillén à l’Archivo General de la Nación à Montevideo et à l’Archivo General de Indias à Séville, en s’intéressant aux documents d’archives qui témoignent à la fois de l’esclavage et des histoires de résistance et de ré-existence à travers les évasions.

Ce processus initial de recherche historique a donné lieu à une rencontre collaborative entre la chercheuse et trois artistes afro-uruguayennes, Karen Antunez, Yully Da Chaga et Mary Porto Casas, donnant naissance à une pratique collective qui réinterprète ces archives coloniales à travers des méthodologies artistiques. Par le biais d’interventions artistiques, de recherches incarnées et de processus d’activation de la mémoire, les documents d’archives relatant des actes de fuite et d’autolibération sont retravaillés, élargis et réinterprétés.

Les œuvres d’art qui en résultent deviennent des archives affectives de la fugitivité féminine, reliant les traces historiques aux identités des artistes et aux expériences vécues de marronage au sein de leurs propres lignées. En s’engageant avec ces matériaux, le projet remet en question les récits dominants qui ont minimisé ou nié les géographies noires de la résistance des femmes dans le Río de la Plata, contribuant ainsi à la resignification de l’histoire et à la visibilité des formes d’action et de survie collective.

L’exposition collective Women Marooning the Arts, inaugurée le 20 avril à Montevideo, se décline en peinture, performance vidéo, fresque murale et installation sonore, avec le soutien d’organisations internationales telles que l’UNESCO, contribuant ainsi aux efforts de décolonisation du patrimoine de la diaspora.

Présentation 2

Co-commissariat de descriptions de photographie coloniale (Katanga, RD Congo) par Jonas Van Mulder

KADOC est un centre d'archives culturelles situé à Louvain (Belgique) qui conserve une vaste collection d'archives personnelles et institutionnelles issues de l'interaction entre religion, culture et société, tant dans un contexte belge qu'international. Bon nombre de ces sources – documents, photographies, films, etc. – témoignent des interactions entre l’Europe et l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique, qui ont été facilitées par divers acteurs, tels que des missionnaires, des mouvements politiques, des Églises et des ONG. Parmi ces collections figurent les archives de congrégations missionnaires qui ont été actives au Congo belge.

Cette conférence portera sur un projet récent axé sur l’une de ces collections : les archives visuelles de la mission katangaise des Franciscains flamands, une vaste série de photos, de plaques de verre et d’albums photo réalisés entre 1920 et 1970 dans divers endroits des provinces actuelles de Lualaba et du Haut-Katanga en République démocratique du Congo. Dans le cadre de DE-BIAS, un projet visant à promouvoir une approche plus inclusive de la description des collections coloniales et des histoires des communautés minoritaires, le KADOC et ses partenaires de la KU Leuven ont pu mettre en place un projet d’histoire orale afin de relier ces documents historiques aux communautés qu’ils représentent aujourd’hui au Congo.

En collaboration avec Donatien Dibwe dia Mwembu (Université de Lubumbashi), une sélection rigoureuse a été effectuée parmi les documents visuels liés à cinq lieux identifiés dans la collection. Des collaborateurs du projet se sont rendus sur ces lieux, où ils ont entamé des conversations avec des membres âgés des communautés respectives en s’appuyant sur (des reproductions de) photographies historiques. Cette conférence présentera le processus de travail, les questions qui l’ont guidé et les défis rencontrés. Elle abordera également l’exposition Face/Surface (Anvers et Louvain), co-organisée avec l’organisation belgo-congolaise Congolese Kring en Belgique, sur la base de la collection et des résultats du projet.

Présentation 3

Fracturé, fragmenté et fantomatique : le cas du fonds fédéral des Antilles et le défi de la justice archivistique dans les Caraïbes par Janelle Duke

Dans l’ensemble des Caraïbes, les collections d’archives sont marquées par la fragmentation : les documents sont dispersés, incomplets et souvent déconnectés des entités auxquelles ils appartenaient autrefois. Ces conditions trouvent leur origine dans le passé colonial de la région, où les systèmes de gouvernance, d’extraction et de contrôle ont façonné à la fois la création et le déplacement des documents. L’héritage archivistique de la Fédération des Antilles (1958–1962) illustre cette réalité. En tant qu’union politique éphémère sans État successeur unique, ses documents existent sous la forme d’un fonds fracturé, reflétant les circonstances mêmes qui ont conduit à l’effondrement de la Fédération. Aujourd’hui, ces documents sont dispersés entre des institutions régionales telles que le Centre d’archives fédérales des Antilles, d’anciens dépôts coloniaux comme les Archives nationales (Royaume-Uni) et des collections privées.

Cet article conceptualise le fonds fédéral des Antilles comme fracturé, fragmenté et « fantomatique » — non seulement dispersé physiquement, mais aussi partiellement occulté au sein de systèmes d’archivage qui privilégient des cadres territoriaux et coloniaux de conservation et de description. Il soutient que cette situation pose un défi fondamental à la justice archivistique, en particulier dans des contextes postcoloniaux et non souverains où la propriété, l’accès et la responsabilité restent en suspens.

S'inscrivant dans le discours émergent sur les archives déplacées et le patrimoine partagé, cet article interroge les tensions entre la conservation légale et les droits à l'information des peuples des Caraïbes. Il propose de repenser la pratique archivistique à travers une conservation partagée, une collaboration régionale et une réunification numérique afin de redéfinir les récits de la fracture, du déplacement et de la perte de mémoire dans les Caraïbes. Ce faisant, il contribue à élargir le débat sur les héritages coloniaux, la restitution des archives et un avenir archivistique plus juste.

Archives pour la justice future : anticiper les droits, les responsabilités et les possibles

Présentation 1

Commons de la mémoire « Offline-First » : Manifeste en tant qu’infrastructure de justice pour l’accès aux archives, la préservation et le contrôle communautaire en Asie-Pacifique par Razali Samsudin

Dans toute la région Asie-Pacifique, la connectivité est souvent intermittente, surveillée ou coupée, et lorsque les réseaux tombent en panne, les communautés peuvent perdre la capacité de documenter les préjudices, de coordonner les interventions et de préserver la mémoire. Cette étude de cas présente Manifest comme une infrastructure émergente de justice pour l’accès aux archives, la préservation et le contrôle communautaire. Son objectif est d’aider les personnes à créer et à protéger des archives publiques dans des contextes à haut risque et à faible bande passante, tout en réduisant les risques de déformation des faits, de perte de confiance ou d’exposition involontaire. La mission de Manifest est de fournir une infrastructure technologique civique pour la création, la traduction et la préservation d’archives publiques, et d’offrir aux membres de la communauté un canal sécurisé pour télécharger des témoignages de première main. Cette proposition se concentre sur un projet pilote fondé sur une utilisation pratique plutôt que sur des spéculations abstraites. Sur le plan méthodologique, Manifest utilise un flux de travail privilégiant le mode hors ligne et géré par la communauté : les témoignages ou la documentation sont capturés en toute sécurité sur un appareil, stockés localement et synchronisés uniquement lorsque cela peut se faire en toute sécurité. Les partenaires communautaires définissent les règles d’accès, de vérification, de description et de conservation, de sorte que l’autorité en matière d’archivage soit partagée plutôt qu’imposée. Le projet pilote d’Amnesty International pour la région Asie-Pacifique testera ce flux de travail à travers un déploiement local léger, une gouvernance co-conçue et la formation des opérateurs communautaires, avec pour objectif à long terme de relier la documentation locale à des filières de conservation d’archives durables. Cette méthode reflète l’importance accordée par Manifest aux engagements personnels et concrets en faveur des droits humains, aux relations durables avec des communautés animées par des valeurs à travers la région Asie-Pacifique et au-delà, ainsi qu’aux archives publiques en tant que ressource vivante. L'impact attendu est triple : premièrement, une capacité de documentation renforcée dans des environnements où la connectivité est instable ou peu sûre ; deuxièmement, une confiance et une autonomie accrues pour les communautés dont les archives sont souvent exposées à la perte ou à la déformation ; et troisièmement, un modèle reproductible pour les archives qui cherchent à combiner gestion éthique et accessibilité.

Présentation 2

Lii Lozh di Kaastor : l’atlas des personnes bispirituelles par Andrew Wiebe

Lii Lozh di Kaastor est un projet d’archives co-créé par la communauté et une plateforme numérique et géographique qui rassemble des documents historiques fragmentés sur la vie des personnes Two-Spirit tout en construisant un espace interactif pour la création continue de la mémoire contemporaine. Plutôt qu’un dépôt statique, l’Atlas fonctionne comme une archive vivante — que les utilisateurs peuvent visiter, parcourir et enrichir — où les documents sont replacés dans le contexte des relations définies par les communautés autochtones à travers le temps et l’espace.

Cette conférence soutient que la pratique archivistique offre de nombreuses occasions de faire évoluer les normes de description afin de remédier aux conditions coloniales persistantes qui ont déformé, fragmenté et effacé les histoires des personnes Two-Spirit. L’étude de cas, Lii Lozh di Kaastor, a développé un cadre archivistique autochtone qui superpose un palimpseste relationnel et communautaire aux documents existants, transformant ainsi les archives en un lieu de réparation, de responsabilité et d’avenir.

La conférence se concentre sur trois résultats éthiques et politiques interdépendants. Premièrement, elle examine comment la souveraineté autochtone sur les données est mise en œuvre à travers l’infrastructure technique, où les décisions concernant l’hébergement, l’accès et les autorisations deviennent des expressions de gouvernance plutôt qu’une conception neutre. Deuxièmement, elle positionne la pratique archivistique comme une cérémonie, ancrant les méthodes dans l’engagement communautaire, la réciprocité et une responsabilité à long terme qui s’étendent au-delà de la durée de vie du projet.

Troisièmement, elle s'interroge sur la manière dont la description archivistique peut fonctionner comme une pratique réparatrice lorsque les communautés pleurent activement l'anéantissement de la mémoire par les processus coloniaux, en proposant des approches qui retravaillent plutôt qu'effacent les documents préjudiciables.

Lii Lozh di Kaastor montre comment les archives autochtones menées par la communauté — tant numériques que spatiales — peuvent transformer la pratique archivistique en un système relationnel et vivant qui soutient la survie et la construction de l'avenir des personnes Two-Spirit.