Robert-Henri Bautier (1922-2010)

 

Avec la disparition de Robert-Henri Bautier, l'ICA perd une de ses grandes figures fondatrices.

 

Homme d'action et homme de science, Robert-Henri Bautier incarnait la conviction que le progrès de la théorie et la pratique archivistiques passait par la coopération internationale. Charles Braibant, élu président en 1950, lui avait confié la mission de planifier le programme et d'animer l'action intellectuelle du Conseil international des Archives. Il fit de ce programme un feu d'artifice permanent pendant une bonne dizaine d'années.  Sa première tâche consista à installer l'ICA dans la continuité des efforts de coopération de l'entre-deux-guerres en préparant  la Bibliographie sélective des guides d'archives, comme suite du Guide international des Archives, publié en 1934. Pour exister internationalement, la profession avait besoin de connaître sa production intellectuelle. Bautier lui offrait la bibliographie internationale annotée d'Archivum et, pour pouvoir la réaliser, il obtint pour la revue le service de quasi tous les périodiques professionnels et des instruments de recherche publiés dans de nombreux pays. La profession lui doit également son premier Annuaire international des archives, publié sous forme d'un volume d'Archivum.

 

Comme savant et comme conservateur d'archives, il entendait préserver la culture professionnelle classique fondée sur les sciences auxiliaires de l'histoire. Le vocabulaire Elsevier de terminologie archivistique dont il coordonnait les travaux constitue la somme de cette culture. Sa fidélité à la tradition se complétait par un sens infaillible des priorités et une capacité d'anticipation des priorités de demain. Les thèmes qu'il choisit pour les enquêtes de la revue des années 1950, archives notariales, registres d'état civil, bâtiments d'archives, devaient combler des lacunes de la culture professionnelle.

Charles Braibant créa la Conférence Internationale de la Table Ronde des Archives (CITRA) en 1954 et lui en confia la gestion. Là encore, il devait sélectionner des thèmes d'intérêt général dont il pressentait l'importance pour l'avenir des archives. C'est ainsi qu'en 1961, six ans avant la Commission du Droit international de l'ONU et 13 ans avant la Conférence générale de l'UNESCO, la CITRA se pencha à Varsovie sur l'urgence de restaurer le droit international des archives détruit par la Seconde Guerre mondiale. Prévoyant l'imminence de la décolonisation, il proposa en 1958,  à l'UNESCO, la mise en chantier du Guide des Sources de l'Histoire des Nations pour ouvrir à la recherche des nouveaux pays indépendants les fonds d'archives européens les concernant et contribuer ainsi à leur enracinement dans la continuité historique.

 

Par delà les décennies, l'ICA se doit de rester fidèle à l'héritage de Robert-Henri Bautier : la rigueur intellectuelle pour parvenir à l'excellence, le souci d'être prêt pour faire face aux problèmes de demain et un attachement sans faille à l'idée que, dans notre domaine, le progrès ne peut s'imposer qu'en s'appuyant sur le travail en commun des archivistes du monde.

En marge d'une grande carrière au sein des archives françaises - aux Archives nationales, à la Direction des Archives de France et, plus récemment, à l'Ecole des Chartes - il a également joué un rôle essentiel dans l'écriture des premières pages de l'histoire de l'ICA. En tant que secrétaire de la publication ARCHIVUM dans les années 1950, il a compilé des bibliographies de publications archivistiques et des répertoires d'institutions archivistiques.

Il avait un grand intérêt pour la formation et avait délivré une communication sur ce sujet lors du deuxième Congrès International organisé à la Haye en 1953. Il a également travaillé sur la préparation d'un vocabulaire de terminologie archivistique. Ses activités eurent beaucoup d'influence sur les publications de l'ICA, et ce des décénies plus tard.

 

Robet-Henri Bautier était un membre honoraire à vie de l'ICA.