Jean-Claude Vilton (1956-2010)

 

Jean-Claude Vilton nous a quittés, le 20 août dernier, enlevé de manière foudroyante par la maladie.

 

Né en 1956 à Mirebalais, petite ville située au centre d'Haïti, il y a suivi la première partie de ses études, qu'il a continuées au lycée Alexandre Petion, à Port-au-Prince. C'est en 1984 qu'il passe le concours d'admission des Archives nationales d'Haïti, faisant ainsi partie de la première promotion des techniciens en archivistique formés par les ANH. Il décroche une licence en droit à la Faculté de droit et des sciences économiques de l'Université d'Haïti, et s'exile deux ans pour compléter ses études à l'Université de Montréal, où obtint une Maîtrise en sciences de l'information. En 1988, il participe au stage technique international d'archives à Paris. Devenu un pilier de la profession dans son pays, il fut l'un des membres fondateurs de l'Association des Archivistes Haïtiens (ASAH), et le promoteur de la revue ANADHA LIAISON. Soucieux de promouvoir les archives et de partager ses connaissances avec ses collègues, il a publié de nombreux articles sur la situation des archives en Haïti, participé à des rencontres nationales et internationales, animé des séminaires, formé des promotions d'archivistes. Il était l'un des membres éminents du Portail international des Archives francophones (PIAF), pour lequel il n'a pas ménagé sa peine. L'une de ses dernières prestations internationales eut lieu en octobre 2009 à Dakar, lors de la Semaine internationale des Archives francophones, au cours de laquelle il présenta à une assistance impressionnée les progrès accomplis, à force de courage et de persévérance, aux Archives nationales d'Haïti. Progrès dont l'avancement devait être compromis quelques mois plus tard par le tremblement de terre. Pourtant, il semblait que rien ne pouvait entamer la foi professionnelle de Jean-Claude : loin de se résigner, invité en France en juillet dernier, il militait encore, bien que déjà souffrant, afin de plaider la cause de son institution et d'obtenir des soutiens pour la réédification, déjà en cours, du service qu'il avait tant à cœur.

 

Rentré un peu par hasard aux Archives nationales d'Haïti, comme il nous l'avait compté avec beaucoup humour à Dakar, il y est pourtant resté de 1984 à 2010 : cette longue carrière dans ce qui était sa seconde famille, et dont il a patiemment gravi tous les échelons jusqu'à devenir directeur technique, s'est terminée le jour même de la commémoration du 150e anniversaire des Archives nationales d'Haïti, comme pour marquer la fin d'une vie toute dédiée à la cause des archives.

Professionnel solide et compétent, Jean-Claude formait avec Jean-Wilfrid Bertrand, son directeur, un tandem complémentaire et complice. Discret et modeste, il était cependant doué d'une personnalité hors du commun : tous ceux qui le connaissaient témoigneront de son obstination et de son courage, et surtout d'un optimisme et d'une foi dans l'avenir qui l'auront porté jusqu'au bout. Ce sont des personnalités comme Jean-Claude qui font l'honneur de notre métier et qui restent des ressources inépuisables d'énergie.

Au moment où les Archives nationales d'Haïti entament une phase cruciale de leur histoire et de leur développement, c'est un nouveau malheur qui vient les frapper avec le décès de Jean-Claude Vilton. Le Conseil international des Archives transmet ses plus vifs sentiments de compassion à Jean-Wilfrid Bertrand, aux collègues des Archives nationales d'Haïti et aux proches de Jean-Claude, dont la date d'entrée dans la mémoire restera indissolublement liée à l'institution qu'il a tant et si bien servie.

 

Christine Martinez et Claude de Moreau de Gerbehaye