A la mémoire de - Jean Favier (02.04.1932 - 12.08.2014)

 

Parmi ses nombreux accomplissements, Jean Favier fut l'hôte du Congrès de l'ICA à Paris en 1988, puis président de l'ICA de 1988 à 1992. Il décéda le 12 août et ses obsèques eurent lieu le 4 septembre. Une messe en son honneur et celui de sa femme s'est tenue à l'Eglise des Blancs-Manteaux à Paris le 2 octobre. Nous publions ici un hommage rédigé par Danièle Neirinck, qui a travaillé étroitement avec lui aux Archives de France pendant de nombreuses années et qui a elle-même joué un rôle clé dans l'organisation du Congrès de l'ICA en 1988.

26 août 1988, fin de matinée, Paris, Palais des congrès, porte Maillot, grand auditorium : le président de la République, François Mitterrand, en personne, vient clore le onzième congrès international des archives. Pour Jean Favier, directeur général des archives de France à qui Hans Booms, président du Bundesarchiv (Koblenz), va remettre pour quatre ans la présidence du conseil international des archives c'est le point d'orgue d' une « décade fabuleuse » comme il avait coutume de le dire à ses proches collaborateurs. Sous l'égide du conseil international des archives, le congrès a rassemblé à Paris plus de 2000 archivistes (1600 étaient attendus) représentant 202 pays et 20 organisations internationales. Le congrès avait pour thème « les nouvelles archives ». Avec le recul, on peut affirmer que ce fut effectivement le dernier congrès des archivistes qui se tint sans l'aide -ou si peu- de l' informatique.

 

Pour Jean Favier, ce fut sans conteste un moment fort de sa vie dans les Archives. Il le reconnaissait volontiers car il avait conscience du rôle prépondérant que la France avait joué dans l'organisation de la communauté internationale des archivistes dès la fin de la deuxième guerre mondiale et a donc tout fait durant les quelques vingt années où il demeura à la tête des archives de France pour que la France conserve la place que lui avait donné ses prédécesseurs. 

 

Rien ne prédisposait pourtant cet ancien élève de l' École nationale des chartes (promotion 1956), ancien prix de Rome, médiéviste, spécialiste de Enguerrand de Marigny, de Philippe le Bel ainsi que des finances pontificales à l' époque du grand schisme d'Occident et qui avait choisi, après avoir obtenu l'agrégation d' histoire de faire une carrière dans l'enseignement, à devenir directeur général des archives de France. Lorsqu'il succéda , un peu au pied levé, à cette lourde charge à Guy Duboscq, en 1975, il était depuis 1965 directeur d'études à l' École pratique des hautes études (4ème section) et professeur à l'université de Paris-Sorbonne depuis 1969.

 

Cet historien mondialement connu fut pourtant aussi un grand administrateur et il a laissé une empreinte indélébile aux Archives de France qu'il dirigea pendant vingt ans. Ses talents de gestionnaire et d'administrateur, il les a montrés au monde entier en préparant de 1984 à 1988 ce congrès exceptionnel avec une poignée de personnes en qui il avait toute confiance : l'équipe du service technique de la direction des archives de France, dont le responsable, Arnaud Ramière de Fortanier, devint ainsi le « directeur du congrès » secondé par les conservateurs du service, moins nombreux que les doigts d'une main. Leur fut toutefois adjoint Noël Pinzutti qui devint donc directeur-adjoint du congrès. L'équipe reçut une aide totale de quelques conservateurs des Archives nationales. J'eus le grand honneur de faire partie de ce groupe et je me souviens avec beaucoup de plaisir de nos travaux qui pouvaient être parfois très physiques (nous faisions tout, même de la manutention) et surtout de l'amitié profonde qui nous a tous uni et qui perdure près d'un quart de siècle après. Nous la devons à Jean Favier qui savait créer des équipes autour de lui et qui joignait aux qualités que je viens de rappeler celle de la fidélité en amitié. Tous les dix ans, il nous rappelait par un petit mot ces quelques jours qui avaient beaucoup compté dans sa vie et nous redisait sa reconnaissance .... Dans ces quelques lignes envoyées dix et vingt ans après il y avait tout Jean Favier.