L’ICA et sa Section sur les Archives et les Droits de l’Homme (SAHR) expriment leur profonde préoccupation quant aux licenciements massifs annoncés le 31 décembre 2024 par le ministère de la Justice en Argentine. Selon les informations reçues, ces suppressions de postes concernent le Secrétariat aux Droits de l’homme ainsi que des organismes tels que les Archives nationales de la Mémoire et le Centre culturel Haroldo Conti, qui dépendent du ministère de la Justice.
Les Archives nationales de la Mémoire, créées il y a plus de 20 ans comme organisme décentralisé du Secrétariat aux Droits de l’homme, ont pour mission de conserver et de permettre l’accès aux documents liés à la violation des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans laquelle est impliquée la responsabilité de l’État argentin, ainsi que des documents illustrant la réponse sociale et institutionnelle face à ces violations. Suite à la transformation de l’ESMA en espace de mémoire en 2007, les Archives nationales de la Mémoire ont installé leurs bureaux et agences au sein des bâtiments auparavant occupés par l’École de Guerre Navale, leur siège actuel. Certains bâtiments ont été redessinés et modifiés afin d’accueillir les documents de la Commission nationale sur la disparition de personnes (CONADEP).
Depuis sa création, l’ANM a sans cesse élargi son patrimoine grâce à la réception de divers fonds et collections documentaires, qui ont amené les archives à gérer cinq kilomètres de supports documentaires différents. Certains de leurs fonds et collections ont été inscrits au Registre international Mémoire du monde par l’UNESCO en 2007.
Pour ce faire, les Archives nationales de la Mémoire ont recruté des spécialistes en archivistique, en conservation et en recherche historique pour les différents processus que comporte la gestion de ces fonds documentaires. Les équipes de l’ANM ont proposé et proposent, à leur tour, des formations et une assistance technique à d’autres institutions basées dans tout le pays, qu’il s’agisse d’entités locales, provinciales, nationales et internationales issues du secteur public comme du privé.
Les licenciements annoncés le 31 décembre 2024 affectent 40 % du personnel des Archives. La suppression de ces postes de travail entravera le développement des fonctions de l’ANM en matière de préservation et d’accès aux fonds et collections documentaires conservés par l’institution.
Cette décision aura également des conséquences sur la capacité de l’organisme à répondre aux demandes de collaboration de la Justice dans le cadre d’enquêtes sur les crimes contre l’humanité. De la même manière, elle mettra en péril les tâches de collecte et de classification continues des informations sur les actes de répression illégaux perpétrés par l’État argentin, qui accompagne aujourd’hui les victimes dans leurs parcours de recherche et d’obtention d’une réparation.
Ces politiques, construites à partir du rétablissement de la démocratie il y a 40 ans, s’inscrivent dans un long cheminement en Argentine. La suppression de programmes et d’organismes, ainsi que les réductions des effectifs, menacent le rôle de l’État comme garant des droits individuels et collectifs et comme instrument de réparation, d’examen des responsabilités, de punition des coupables et de connaissance objective de la vérité à propos des violations des droits de l’homme.
Partant du principe que les mesures annoncées par le gouvernement auront des répercussions négatives sur la qualité de la démocratie au sein de la société argentine, l’ICA exhorte le gouvernement argentin à :
- garantir le maintien des contrats des archivistes, des conservateurs, des chercheurs et des autres membres des équipes travaillant pour les Archives nationales de la Mémoire ;
- nommer des autorités responsables et des professionnels au sein de l’ANM ;
- assurer la préservation et l’accès libre aux fonds et collections documentaires conservés par les Archives nationales de la Mémoire ;
- maintenir les politiques publiques archivistiques destinées à renforcer le rôle des archives publiques en tant qu’outils essentiels à la connaissance de la vérité et à la protection des droits des citoyens.
À propos du Conseil international des Archives et de la Section sur les Archives et les Droits de l’Homme
Le Conseil international des Archives (International Council on Archives – ICA) a été créé en 1948 en tant qu’entité internationale placée sous l’égide de l’UNESCO, destinée à renforcer et à protéger les institutions d’archives et à encourager les sociétés des différents pays du monde à en faire usage, dans un esprit de coopération et de soutien professionnel entre ses membres : organismes nationaux, responsables des politiques archivistiques, associations professionnelles, institutions archivistiques et archivistes à titre individuel. Sa Section sur les Archives et les Droits de l’Homme (SAHR) favorise le rôle des institutions d’archives dans l’obtention de preuves des violations des droits de l’homme, met en évidence la perte de ces droits et défend les politiques archivistiques qui garantissent leur préservation et leur usage par les citoyens à des fins de réparation et de construction de sociétés démocratiques.