Arvid de Raaij et Yasmin T. Ismail, NP de la promotion 2025/2026, ont récemment rencontré Gina Chacón Vargas, NP de la promotion 2021/2022, lors du Congrès ICA Barcelone 2025. Au fil de cette conversation, Gina fait part de ses réflexions sur le Congrès, raconte son expérience personnelle du NPP de l’ICA, et décrit son parcours professionnel. Elle nous livre également de nombreuses informations sur la Section des professionnels en début de carrière (ECaPS) et son implication au sein de ce groupe de l’ICA.
Yasmin, Gina et Arvid au Congrès de l’ICA à Barcelone. Photo : Manuel Antonio Riofrio Javier, 28/10/2025
C’est génial de retrouver autant de visages connus. Ce qui me plait dans ce type d’événement, c’est que tout le monde est tellement accueillant. Même si on est très nombreux, chacun essaie d’échanger avec un maximum d’autres personnes, de s’informer directement sur les actions en cours chez elles. Nous travaillons tous dans le même domaine et forgeons constamment de nouveaux liens. Il s’agit de créer des relations dans la durée au sein de la communauté.
Pour moi, ce Congrès a une saveur différente de la Conférence 2022 de l’ICA à Rome. À l’époque j’étais une Nouvelle Professionnelle active et j’avais donc un programme très chargé. J’aurais bien voulu connaître tout le monde mais je n’en avais pas le temps. Cette fois, je profite davantage du Congrès et me sens bien plus détendue.
J’avais d’abord envisagé une carrière en archéologie dans le cadre de mes études d’anthropologie au Costa Rica, mais j’ai vite compris que le travail de terrain n’était pas pour moi. J’ai donc cherché ma voie, avec l’aide du conseiller d’orientation de l’université. C’est lors d’un forum de l’emploi que j’ai entendu parler des études en archivistique, filière qui était d’ailleurs proposée par la faculté d’Histoire de mon université et qui s’est vite avérée bien plus dynamique que je n’aurais jamais pensé ! Pendant mes études en archivistique, j’ai cultivé un intérêt particulier pour les archives électroniques et les aspects numériques de l’archivage.
Mon diplôme en poche, j’ai travaillé au sein de différentes organisations internationales, dans des domaines allant de la gestion de contenus à la taxonomie et l’architecture de l’information. Depuis deux ans, je suis employée chez Intel : nous sommes une équipe de deux personnes pour gérer tous les documents d’archives. Je suis responsable des politiques de conservation des données, et du bon déroulement du programme de conservation archivistique.
Compte tenu des évolutions attendues dans le domaine des archives, quelles sont les compétences les plus importantes pour les Nouveaux Professionnels d’aujourd’hui ?
Je dirais que cela dépend de vos centres d’intérêt. Beaucoup de personnes vous diront probablement que la priorité va désormais au numérique ou aux archives électroniques. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est au cœur de tous les débats. Si les archives numériques vous intéressent, il est bien évidemment important d’acquérir dès à présent les compétences nécessaires. Mais selon moi, l’avenir ne reposera pas entièrement sur le numérique. On pourra encore travailler sur beaucoup d’autres éléments, en privilégiant, par exemple, l’Histoire afin de veiller sur notre passé. Pour les passionnés d’archives historiques, les chantiers ne manquent pas. Il est même possible d’appliquer des technologies numériques aux archives historiques. Les documents papier en attente de traitement ne sont pas prêts de s’épuiser.
Quel a été votre vécu au sein du NPP de l’ICA et quelles en ont été, pour vous, les implications personnelles et professionnelles ?
L’une de mes professeures avait participé au Programme Nouveaux Professionnels. Je me souviens qu’elle avait présenté le Programme quand j’étais en deuxième ou troisième année. Pour nous, les Latinoaméricains, les grands congrès internationaux paraissent inaccessibles. Quand ma professeure nous a fait part de son expérience, je me suis dit : « Dès que je serai diplômée, j’y participerai ». J’ai donc postulé et ai pu intégrer le programme, la preuve que c’était bien réalisable. Rejoindre le programme m’a aussi permis de rencontrer d’autres personnes ayant vécu une expérience similaire. L’un de mes collègues de promotion était originaire d’Afrique, et avait été confrontée aux mêmes problèmes de financement et au manque de soutien de la part des organisations. Nous partagions donc des liens très forts, ce qui est quelque chose de très positif. Pas seulement à titre personnel : ces liens avec la communauté nous renforcent en tant que professionnels.
Quelle influence le NPP de l’ICA a-t-il pu exercer sur la création, la structure et la vision de l’ECaPS ?
Dans le cadre du projet de notre promotion de NP, nous avons conduit une enquête visant à mieux cerner le profil des nouveaux professionnels. Nous en avons conclu, entre autres, que les nouveaux professionnels avaient du mal à percevoir les possibilités offertes par l’ICA et ses différents programmes. Une organisation comme l’ICA, avec ses multiples groupes et sections aux responsabilités précises, peut sembler nébuleuse et déconcertante quand on est nouveau dans le métier. L’une de nos recommandations a donc été de lancer un programme d’actions de proximité, reposant sur une collaboration avec les universités et les associations professionnelles de nos pays respectifs afin de susciter une plus grande implication personnelle parmi nos collègues. Nous avons proposé de poursuivre nos efforts dans le cadre d’un projet pilote. Notre projet ayant beaucoup de points communs avec un chantier déjà en cours visant à créer une nouvelle section dédiée aux nouveaux professionnels et aux professionnels en début de carrière, nous avons été invités à participer à ce processus. Cela fait deux ans que nous travaillons sur ce projet. Le lancement officiel de l’ECaPS doit d’ailleurs avoir lieu à l’occasion de ce Congrès : désormais, les membres pourront rejoindre cette section provisoire dans le cadre de leur adhésion à l’ICA, et participer à ses activités et à nos actions de proximité.

Gina Chacón Vargas est titulaire d’un diplôme en Sciences archivistiques de l’Université du Costa Rica (UCR). Elle occupe actuellement le poste de responsable des documents d’archives chez Intel, où elle veille sur la bonne exécution des programmes de conservation archivistique et prodigue des conseils sur les principes de gestion documentaire. Elle a été membre de la promotion 2021/2022 du Programme Nouveaux Professionnels du Conseil international des Archives (ICA).
L’ECaPS vise à attirer un plus grand nombre d’adhésions de la part d’étudiants et de nouveaux professionnels, en poursuivant le développement au sein de l’ICA de la communauté des archivistes et gestionnaires documentaires en début de carrière à travers la création d’une section provisoire spécifiquement à leur intention. Cette section a pour but de favoriser le réseautage, l’évolution professionnelle et l’accès à des postes à responsabilité. Il s’agit de canaliser le dynamisme et l’enthousiasme des nouveaux venus dans le domaine de la gestion documentaire et archivistique, de les inciter à rejoindre l’ICA et à s’impliquer en tant que bénévole. Une nouvelle génération sera ainsi progressivement constituée afin d’occuper, à terme, les postes à responsabilité de l’ICA. L’ECaPS s’adresse principalement aux étudiants et aux professionnels comptant au maximum dix ans de carrière dans la gestion documentaire et archivistique. Au nombre de ses activités et initiatives futures, l’ECaPS prévoit le lancement du Projet pilote d’actions de proximité, la création de guides et autres ressources, ainsi que l’organisation d’ateliers, webinaires et événements destinés aux professionnels en début de carrière.
Les objectifs de l’ECaPS sont les suivants :
- sensibiliser aux besoins et promouvoir la représentation des professionnels en début de carrière, au sein de l’ICA et de la communauté archivistique au sens large ;
- faciliter l’accès aux formations, ressources et pistes d’évolution professionnelle ;
- créer des opportunités et liens de collaboration à travers des plateformes, des événements et des forums virtuels ;
- favoriser la participation des professionnels en début de carrière aux activités des sections, ainsi que leur implication au niveau des postes à responsabilité ;
- promouvoir la diversité, l’inclusion et l’équité dans le domaine archivistique ;
- encourager les échanges internationaux et la collaboration interrégionale.