Session 4.4 - Sur le chemin de la vérité et de la réconciliation : Expériences du Canada, Libéria et Nouvelle-Zélande

Author(s):

Talei Masters, Proscovia Svärd,Raegan Swanson

Date Added:

23 Octobre 2019

Présidente de séance: Jennifer O’Neal, Assistant Professor, University of Oregon

 

a. Kei tua o te whakamāoritia: e pehea ana Te Rua Mahara kia whakapai ake ngā tikanga me ngā ratonga ka taea kia tutuki ai ngā hiahia o Te Ao Māori. Au-delà de la traduction : comment les Archives néo-zélandaises œuvrent à améliorer leur culture, leurs systèmes et leurs services, par Talei Masters

Kei tua o te whakamāoritia : e pehea ana Te Rua Mahara kia whakapai ake ngā tikanga me ngā ratonga ka taea kia tutuki ai ngā hiahia o Te Ao Māori.
Au-delà de la traduction : comment les Archives néo-zélandaises œuvrent à améliorer leur culture, leurs systèmes et leurs services afin de répondre aux besoins des iwi/maoris. Les Archives néo-zélandaises Te Rua Mahara o te Kāwanatanga sont responsables de la conservation des archives du gouvernement néo-zélandais. La Loi sur les archives publiques de 2005 (PRA) fixe le cadre de la gestion archivistique et documentaire sur le plan gouvernemental, les archives œuvrant conjointement avec les services de l’État dans la mise en application de cette loi. Leurs fonds comportent les documents originels du Te Tiriti o Waitangi/le Traité de Waitangi (Te Tiriti), des textes gouvernementaux, des cartes, des tableaux, des photographies et des films, y compris toute une série d’informations concernant les iwi, hapū et individus maoris. Certaines de ces informations ont le statut de taonga tuku iho (trésors transmis de génération en génération) et revêtent donc une importance supplémentaire et une signification majeure sur le plan administratif.

Les archives ont une relation privilégiée avec les peuples maoris, qui sont des partenaires de la Couronne selon le Te Tiriti. La Loi PRA comporte des dispositions spécifiques en ce qui concerne le respect et la reconnaissance de la responsabilité de la Couronne dans la prise en compte du Te Tiriti. L’une de ces dispositions prévoit la mise en place d’un conseil consultatif auprès de l’archiviste en chef, Te Pae Whakawairua. Les archives ont acquis des connaissances grâce à la recherche liée aux réclamations et au respect des engagements vis-à-vis des obligations du traité. Toutefois, cette présentation visera à expliquer les évolutions récentes de la démarche stratégique des archives, ayant pour objet de répondre aux attentes des iwi et hapū maoris. Celles-ci découlent en premier lieu des ambitions du projet « Archives 2057 », leur stratégie à long terme publiée en 2017, telles que : « le peuple Maori utilise, croit et co-crée les informations étatiques, est le kaitiaki du taonga et bénéficie des connaissances provenant des iwi ». Il est donc impératif de promouvoir de bonnes connaissances parmi les personnels des archives afin qu’ils soient en mesure de participer à la co-conception d’initiatives avec le peuple maori et puissent collaborer avec lui en vue de parvenir à des descriptions adaptées aux documents et aux communautés concernés. Dans cette présentation, il s’agira d’esquisser la manière de réaliser ou de prévoir les actions nécessaires, parmi lesquelles un partenariat avec une université maori, des groupes internes axés sur les problématiques Te Ao Māori (par exemple, comment améliorer l’accès et élaborer des principes en matière de numérisation), et la mise en place de dispositions permettant de collaborer avec d’autres entités culturelles et patrimoniales, Te Ara Taonga.

On expliquera également comment les processus d’acquisition d’un nouveau système de gestion intégrée des archives a permis de réfléchir de manière plus poussée à la gouvernance des données autochtones et à la valeur que peut attacher le peuple maori aux informations. Il a donc fallu discuter avec les iwi-Māori et les autres organisations des aspects à prendre en compte lors du choix de lieux de stockage pour la conservation des métadonnées archivistiques. La présentation décrira les efforts entrepris pour accroître les capacités de collecte et d’accès aux métadonnées maori, y compris celles générées par les utilisateurs. Elle parlera des ambitions en matière de communication de protocoles culturels ainsi que celles visant à favoriser les différentes interactions avec les métadonnées archivistiques par le biais de principes ontologiques.

Biographie

Talei Masters est Archiviste principale aux Archives de Nouvelle-Zélande depuis 2012. De 2003 à 2012, elle a exercé les fonctions d’archiviste et de documentaliste dans les services de l’administration locale au Royaume-Uni. Aux Archives de Nouvelle-Zélande, Talei Masters a participé à l’élaboration d’une politique, de processus, de lignes directrices et d’outils pour le transfert d’archives numériques. Elle est actuellement impliquée dans divers projets stratégiques axés sur l’amélioration de la gestion des informations par l’État. De 2014 à 2017, Talei Masters a assumé le rôle de Secrétaire générale de la branche régionale pour la Pacifique du Conseil international des archives (PARBICA). Au cours de cette période, elle a pu organiser ou faciliter l’organisation de formations dans les Îles Salomon, à Tuvalu et aux Fidji.

 

b. L’expatriation des archives de la Commission vérité et réconciliation : le cas du Libéria, par Proscovia Svärd

Cette étude porte sur la façon dont une infrastructure archaïque de gestion de l’information a pu entraîner l’expatriation de toute la documentation de la Commission vérité et réconciliation du Libéria. Cette dernière a réussi à recréer un récit historique du passé grâce aux échanges avec des Libériens résidant dans le pays et avec des membres de la diaspora. Le résultat : des contenus numériques accessibles via le site internet de la Commission, dont plus de 850 vidéos de ses auditions, les actes de ses travaux et d’événements connexes, des témoignages oculaires et des cérémonies officielles. Toutefois, tous les documents correspondants ont été envoyés à l’Institut de Technologie de Géorgie, situé à Atlanta, aux États-Unis. Le Libéria est donc le premier pays de l’histoire à avoir confié l’intégralité de ses fonds à une puissance étrangère. La documentation des Commissions vérité et réconciliation (TRC) est supposée permettre de mieux comprendre l’origine des conflits, d’éviter toute conjecture et de faciliter la réconciliation. Elle constitue le socle même des demandes de réparation des victimes, la base de toute tentative d’obtention de justice et joue un rôle important dans l’action de la Commission libérienne pour les droits de l’Homme. La reconstruction de sociétés post-conflictuelles est forcément un travail de longue haleine, notamment lorsqu’il s’agit également de procéder à une réconciliation et à une démocratisation sociétale. L’exploitation de la documentation de la TRC en guise d’outil pédagogique et à tous les niveaux de la société constitue l’un des moyens de combattre le phénomène de la culture de l’impunité et d’éviter un retour à une situation de conflit. Il convient donc d’assurer l’existence d’une infrastructure performante pour la gestion de l’information au moment de lancer le processus de vérité et de réconciliation. La problématique de la gestion de l’information/documentation est largement absente des recherches sur la paix mais est néanmoins un facteur clé dans les efforts visant à réunir un maximum de connaissances concernant la transition post-conflictuelle sur le continent africain. La gestion de la documentation produite par les TRC continue de représenter un enjeu qui mérite débat tant que ces commissions seront mises en œuvre sur le continent africain en tant que mécanisme de justice transitionnelle. Il ne suffit pas de recueillir les témoignages des victimes de la guerre, il faut également se pencher sur les injustices sociales et économiques qui sont à l’origine des conflits. Les pays en situation post-conflictuelle accusent souvent une infrastructure informationnelle défaillante et ne disposent pas de législation en matière d’accès aux informations, ce qui complique la gestion, l’utilisation, la diffusion et la conservation des conclusions des Commissions vérité et réconciliation. L’exposé sera basé sur une étude de cas et sur les entretiens menés pour la collecte de données.

Biographie

Proscovia Svärd est conférencière principale et chercheuse à la faculté des Sciences, de la Technologie et des Médias du département des systèmes et technologies de l’information, Forum « numérisation », de l’université de Suède centrale. Entre 2016 et 2017, Proscovia Svärd a poursuivi ses études doctorales à l’École de recherches et d’études de 3e cycle de l’Université d’Afrique du Sud. Elle est enseignante-chercheuse au département des sciences de l’information à l’Université d’Afrique du Sud. Elle a exercé le métier d’archiviste auprès de l’Institut nordique pour les recherches africaines à Uppsala, en Suède, de gestionnaire de projet de recherche dans le cadre du programme pour la transition post-conflit, pour l’État et la société civile, et a coordonné un projet documentaire nordique relatif à la lutte pour la libération en Afrique australe (www.liberationafrica.se). Elle est titulaire d’un doctorat de l’Université d’Amsterdam, d’une licence en informatique et systèmes, d’une licence et d’un master en archives et sciences de l’information de l’Université de Suède centrale et d’une licence ès sciences en sciences de l’information et des médias de l’Université d’Uppsala, en Suède.

 

c. Création d’un climat de confiance, fondation de bases solides : la réponse des archivistes canadiens aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, par Raegan Swanson

Dans l’« appel à l’action #70 » figurant dans le sommaire du Rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada publié en 2015, la communauté archivistique canadienne fut instamment priée de revoir ses pratiques professionnelles concernant ses relations avec les peuples autochtones du Canada. Depuis lors, le Comité directeur des archives canadiennes chargé de donner suite au rapport du groupe de travail de la Commission de vérité et réconciliation (TRC-TF) œuvre à relever le défi ainsi lancé et à se plier aux « appels à l’action ». Cet exposé abordera les activités du TRC-TF : des enseignements à tirer de l’expérience aux progrès réalisés.

Biographie

Raegan Swanson est directrice générale de The ArQuives : Archives lesbiennes et gaies du Canada. Elle est diplômée de premier cycle du Collège universitaire de Saint-Boniface et d’un master de la faculté des sciences de l’information de l’Université de Toronto. Elle a exercé le métier d’archiviste auprès de Bibliothèque et Archives Canada, au sein de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, à l’Institut culturel Aanischaaukamikw Cree et a été Conseillère en archivistique au sein du Conseil des Archives du Nouveau-Brunswick. Actuellement, elle prépare sa thèse de doctorat sur le rôle des archives communautaires dans les communautés aborigènes et inuites. Elle siège également au Comité directeur du groupe de travail chargé de la réponse au rapport « Appels à l’action » de la Commission de vérité et de réconciliation.